Accéder au contenu principal
Bouillante Guadeloupe

Bouillante, des sources brûlantes à la seule centrale géothermique des Antilles

Bouillante, des sources brûlantes à la seule centrale géothermique des Antilles

La centrale géothermique de Bouillante est le site de la Guadeloupe qui, depuis 1986, produit de l'électricité avec la chaleur du sous-sol volcanique. La société Géothermie Bouillante exploite deux unités de production d'environ 15 MW, seule géothermie haute énergie industrielle de France, dans une commune nommée d'après ses sources brûlantes.

Mise en service
Bouillante 1 en 1986, Bouillante 2 en 2004, pour une puissance totale d'environ 15 MW.
Ressource
Un réservoir d'eau chaude naturelle autour de 250 °C, capté par des forages dans le bourg.
Exploitant
La société Géothermie Bouillante, dont le groupe Ormat est devenu l'actionnaire majoritaire en 2016.

Un nom qui raconte déjà la géothermie

Bien avant qu'on parle d'énergie renouvelable, la commune de Bouillante portait son sujet dans son nom. Le long du littoral et dans le lit de certaines ravines, l'eau sort du sol à des températures qui surprennent encore les baigneurs. Les premiers habitants amérindiens connaissaient ces sources, et les colons français installés au XVIIe siècle les ont signalées dans leurs récits, sans en tirer autre chose qu'un usage de bain. On peut toujours y goûter aujourd'hui : notre guide des bains d'eau chaude naturelle de Bouillante recense les points accessibles.

Cette chaleur n'a rien de mystérieux. La Basse-Terre est une île volcanique jeune, dominée par la Soufrière, et la région de Bouillante se trouve sur un système de failles qui laisse circuler l'eau de mer et l'eau de pluie jusqu'à des roches chauffées en profondeur. L'eau remonte ensuite par les fractures. C'est cette circulation, visible en surface par les sources et les fumerolles, qui a attiré l'attention des géologues au XXe siècle et fait de Bouillante un site de recherche géothermique avant d'en faire un site industriel.

L'économie de la commune, elle, est restée longtemps agricole : canne à sucre, café et cultures vivrières sur des terres enrichies par les cendres volcaniques. Les vestiges des habitations sucrières et l'église Saint-Louis rappellent cette période. La géothermie n'est arrivée qu'à la toute fin du XXe siècle, et elle n'a pas remplacé cette histoire : elle s'y est ajoutée, au milieu du bourg.

Des premiers forages à la mise en service de 1986

Les premières campagnes de recherche datent des années 1960 et 1970. Les géologues, notamment ceux du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), cherchaient à savoir si le réservoir chaud supposé sous le bourg était assez vaste et assez chaud pour produire de l'électricité. Plusieurs forages d'exploration ont été réalisés dans la zone littorale, avec des résultats inégaux : certains puits ont confirmé une eau très chaude, d'autres ont été décevants.

La première unité, Bouillante 1, a été mise en service en 1986. Sa puissance était modeste, de l'ordre de 4 à 5 MW, et son fonctionnement a connu des interruptions dans les années qui ont suivi. Pour une première installation de ce genre en outre-mer, il fallait apprendre à gérer une eau chargée en sels et en minéraux, qui use les équipements et entartre les canalisations.

La relance est venue dans les années 1990 avec la création de la société Géothermie Bouillante, qui a repris l'exploitation de la centrale. Elle a remis l'unité en état, foré de nouveaux puits et préparé une seconde tranche. C'est ce travail de fond, plus que l'inauguration de 1986, qui a fait de Bouillante une centrale durable.

Comment fonctionne la centrale de Bouillante ?

Le principe tient en quelques étapes. Des puits de production captent un fluide très chaud, un mélange d'eau et de vapeur, dans le réservoir naturel situé sous la commune. Ce fluide remonte sous pression. En surface, la vapeur est séparée de l'eau liquide, puis envoyée vers une turbine. La turbine entraîne un alternateur, qui produit l'électricité injectée sur le réseau de l'île.

  • Captage : les forages atteignent des zones où l'eau dépasse 250 °C.
  • Séparation : la baisse de pression transforme une partie de l'eau en vapeur, séparée du liquide restant.
  • Production d'électricité : la vapeur fait tourner la turbine, couplée à un alternateur.
  • Retour du fluide : l'eau refroidie est évacuée ou passe par la réinjection dans le sous-sol selon les installations, pour ménager la ressource géothermique et la capacité du réservoir.

Ce schéma correspond à ce qu'on appelle la géothermie haute énergie : on exploite directement la vapeur issue d'un réservoir très chaud, ce qui n'est possible que dans les régions volcaniques. Rien à voir avec la géothermie de surface des pompes à chaleur, qui récupère quelques degrés dans le sol d'un jardin. La différence se mesure à la température de l'eau, et c'est elle qui rend Bouillante exceptionnelle à l'échelle de la France.

Le grand avantage de cette énergie est sa régularité. Une centrale géothermique ne dépend ni du vent ni du soleil : elle tourne jour et nuit, et sert de production de base sur un réseau insulaire qui ne peut pas importer d'électricité de ses voisins. C'est un atout précieux en Guadeloupe, longtemps dépendante du fioul et du charbon.

Deux unités, deux époques

La centrale actuelle réunit deux unités construites à près de vingt ans d'écart. Le tableau ci-après reprend les ordres de grandeur publiés par l'exploitant et le BRGM ; la puissance réellement disponible varie selon l'état des puits et les périodes de maintenance.

UnitéMise en servicePuissance (ordre de grandeur)Ce qui la distingue
Bouillante 119864 à 5 MWPremière unité, relancée dans les années 1990
Bouillante 22004environ 10 à 11 MWNouveaux forages, puissance plus que doublée
Ensembledepuis 2004environ 15 MWQuelques pour cent de l'électricité de l'île

La part de la centrale dans la consommation électrique de la Guadeloupe est souvent citée autour de 5 à 7 %, selon les années et selon que l'on compte la production réelle ou la puissance installée. Le chiffre paraît faible, mais il s'agit d'une électricité locale, produite sans combustible importé, et disponible en continu.

Qui gère la centrale géothermique de Bouillante ?

L'exploitation est confiée à la société Géothermie Bouillante, une entreprise immatriculée au RCS de Basse-Terre, dont le siège se trouve au Bourg, à Bouillante (97125), à côté de la centrale. Pendant longtemps, son capital a été tenu majoritairement par le BRGM, avec la participation d'EDF.

En 2016, le groupe américain Ormat Technologies, spécialiste mondial des centrales géothermiques, est entré au capital et en est devenu l'actionnaire majoritaire, aux côtés d'investisseurs publics français. Ce partenariat avec Ormat a changé l'échelle des ambitions : l'industriel exploite des dizaines de sites dans le monde et dispose des moyens techniques pour forer de nouveaux puits et moderniser les unités existantes. Les annonces légales de l'entreprise (modification du conseil d'administration, changement d'administrateur, rapports de gestion) sont publiées au BODACC et consultables sur les sites de données sur les sociétés.

Pour la commune, la centrale est aussi un employeur et un contribuable local. Sa présence au milieu des habitations impose en retour une attention aux nuisances : bruit, odeurs soufrées lors de certaines opérations, rejets d'eau chaude en mer. La responsabilité environnementale de l'exploitant fait l'objet d'un suivi par les services de l'État.

Unique en France, et pourquoi

La France compte de nombreuses installations de géothermie pour le chauffage, en Île-de-France notamment, et un site de production d'électricité expérimental en Alsace, à Soultz-sous-Forêts, de très faible puissance. Bouillante reste la seule centrale géothermique haute énergie exploitée à l'échelle industrielle sur le territoire français. La raison est géologique : il faut un volcan actif à proximité pour trouver de l'eau à 250 °C à quelques centaines de mètres ou à un kilomètre de profondeur.

Les autres îles volcaniques des Caraïbes regardent ce site avec intérêt. La Dominique voisine, la Martinique ou Montserrat ont mené leurs propres campagnes d'exploration géothermique, avec des résultats variables. Bouillante sert de référence dans la région, parce qu'elle a traversé plusieurs décennies d'exploitation et qu'elle montre à la fois le potentiel et les difficultés de cette ressource énergétique.

Quels projets pour la géothermie à Bouillante ?

Le développement géothermique de la Guadeloupe ne s'arrête pas aux deux unités actuelles. L'arrivée d'Ormat s'est accompagnée d'un objectif affiché d'augmenter la puissance du site, par de nouveaux forages et par une troisième unité de production. Ces projets d'expansion dépendent des résultats de l'exploration : il faut confirmer que le réservoir supporte un prélèvement plus fort sans se refroidir.

D'autres zones de la Basse-Terre font l'objet de recherches, notamment autour de Vieux-Habitants, avec la même logique : trouver une eau assez chaude pour alimenter une nouvelle centrale. La programmation énergétique de l'archipel vise une part croissante d'énergie renouvelable, et la géothermie est la seule source capable de fournir une électricité de base sans stockage. Les calendriers annoncés ont souvent glissé ; mieux vaut considérer ces investissements futurs comme des perspectives que comme des dates fermes.

Ce que le visiteur voit de la centrale

La centrale n'est pas ouverte à la visite libre, mais on la remarque en traversant le bourg : bâtiments industriels, conduites et, certains jours, panaches de vapeur au-dessus des toits. Les sources chaudes publiques, quelques kilomètres plus loin, restent la façon la plus simple de toucher du doigt la même chaleur naturelle. En descendant vers la plage de sable noir de Malendure, on longe d'ailleurs une côte entièrement façonnée par ce volcanisme.

Pour comprendre d'où vient l'énergie, rien ne vaut une montée vers le sommet qui alimente tout le système : notre page pour préparer une excursion sur la Soufrière détaille les sentiers et les précautions. Le lien entre le volcan, les sources et la centrale devient alors évident : c'est la même chaleur, captée à trois endroits différents.

Bouillante et la géothermie en quelques questions

Depuis quand la centrale de Bouillante produit-elle de l'électricité ?

Depuis 1986, date de la mise en service de Bouillante 1. La seconde unité, Bouillante 2, fonctionne depuis 2004.

Quelle est la puissance de la centrale géothermique de Bouillante ?

Environ 15 MW pour les deux unités réunies, ce qui couvre quelques pour cent de la consommation électrique de la Guadeloupe.

Peut-on visiter la centrale géothermique ?

Le site industriel n'est pas ouvert à la visite libre. On peut en revanche profiter des sources d'eau chaude de la commune, alimentées par le même système géothermique.

À lire aussi

Vous aimerez aussi

▲