Accéder au contenu principal
Bouillante Guadeloupe

Le poisson-lion à Bouillante, beau, immobile et redoutable pour le récif

Le poisson-lion à Bouillante, beau, immobile et redoutable pour le récif

Le poisson lion (Pterois volitans) est un poisson venimeux originaire de l'Indo-Pacifique devenu une espèce exotique invasive dans toute la Caraïbe, Guadeloupe comprise, où son invasion est signalée depuis 2010 environ. Il ne fuit pas le plongeur : ce calme, qui rend la photo facile, en fait aussi un redoutable chasseur des juvéniles du récif corallien et de la faune marine.

Rascasse volante : venin sur les épines, pas dans la chair

  • Espèce exotique venue de l'océan Indien et de la mer Rouge, sans prédateur naturel efficace aux Antilles.
  • Ses épines dorsales portent un puissant venin : on regarde, on ne touche pas, même s'il reste immobile.
  • Sa chair n'est pas venimeuse, mais sa capture est réservée à des plongeurs formés et autorisés, jamais dans le cœur du Parc national.

Quelles sont les caractéristiques du poisson lion ?

Le poisson lion appartient à la famille des Scorpaenidae, celle des rascasses et du poisson scorpion. On le surnomme d'ailleurs rascasse volante. Deux espèces très proches, Pterois volitans et Pterois miles, ont été identifiées dans l'Atlantique ouest ; à l'œil nu, un plongeur ne les distingue pas. Le corps est rayé de bandes brun-rouge et blanches, les nageoires pectorales s'étalent comme des éventails et la nageoire dorsale se hérisse de longues épines.

En Guadeloupe, la taille observée tourne le plus souvent entre 15 et 35 centimètres, les plus grands spécimens de la zone approchant 40 centimètres. On le rencontre aussi bien sur les tombants de la réserve Cousteau que dans les herbiers, les épaves, les mangroves ou sous un simple bloc de corail à trois mètres de fond. Des observations ont été rapportées bien au-delà de la zone de plongée loisir, jusqu'à plus de 200 mètres dans la Caraïbe.

Son comportement est ce qui surprend le plus. Là où la plupart des poissons s'écartent à l'approche d'un plongeur, le poisson lion reste en place, tête vers le bas, nageoires déployées. Cette assurance a une raison simple : dans son aire d'origine, l'appareil venimeux décourage la plupart des prédateurs, et il n'a jamais eu besoin d'apprendre à fuir.

Comment le poisson lion est-il arrivé dans la Caraïbe ?

L'hypothèse la plus souvent retenue par les scientifiques est celle de relâchers d'aquariophiles en Floride dans les années 1980. Les premiers poissons lion sauvages de l'Atlantique y ont été signalés en 1985. On évoque aussi l'ouragan Andrew, en 1992, qui aurait brisé des bassins près de Miami ; cette piste reste discutée, et les analyses génétiques pointent plutôt vers un petit nombre d'individus introduits à plusieurs reprises.

La suite est une des invasions marines les plus rapides jamais documentées. L'espèce a gagné les Bahamas au début des années 2000, puis le golfe du Mexique, la mer des Caraïbes et l'arc des Antilles. Le poisson lion en Guadeloupe a été observé vers 2010, et le poisson lion en Martinique quelques mois plus tard, en 2011. Aujourd'hui, la présence de l'espèce est établie sur l'ensemble des côtes de l'archipel, de la Côte-sous-le-Vent au Grand Cul-de-Sac Marin.

Plusieurs traits expliquent cette vitesse. La reproduction rapide en est le premier : une femelle peut pondre tous les quelques jours, toute l'année, et les estimations publiées dépassent le million d'œufs par an. Les larves dérivent ensuite avec les courants pendant près d'un mois, ce qui leur permet de franchir des centaines de kilomètres d'océan d'une île à l'autre.

Pourquoi le poisson lion est-il considéré comme envahissant ?

Une espèce exotique devient envahissante quand elle s'installe durablement hors de son aire d'origine et qu'elle perturbe l'écosystème qui l'accueille. C'est la définition retenue par l'UICN, l'Union internationale pour la conservation de la nature, et le poisson lion en coche toutes les cases. Le comité français de l'UICN le cite parmi les espèces exotiques envahissantes les plus préoccupantes des outre-mer, et le Parc national de la Guadeloupe comme la DEAL Guadeloupe (direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement) le suivent depuis son arrivée.

Ce qui le rend si efficace tient à un décalage : les poissons des Antilles ne le reconnaissent pas comme un danger. Un juvénile de poisson-perroquet ou de chirurgien, qui fuirait un mérou, laisse le poisson lion s'approcher. Celui-ci rabat alors sa proie contre le corail avec ses grandes nageoires, puis l'aspire d'un coup. Le calme qui le rend si facile à photographier est exactement la stratégie de chasse qui le rend dangereux.

Comment le poisson lion menace-t-il la biodiversité ?

Le poisson lion est un chasseur généraliste et vorace, capable d'atteindre des densités très élevées sur un même habitat : les études menées aux Bahamas ont recensé plusieurs dizaines d'espèces de poissons et de crustacés dans ses contenus stomacaux. Sur certains récifs suivis, le recrutement des jeunes poissons indigènes a chuté de près de 80 % en quelques semaines après l'installation de quelques individus. Or ces juvéniles sont les futurs brouteurs d'algues. Quand leur population baisse, les algues gagnent sur le corail, et le récif perd une partie de sa capacité à se régénérer, déjà mise à mal par les épisodes de blanchissement et par les sargasses.

Les herbiers, les mangroves et les estuaires, qui servent de nurserie à la faune côtière, sont touchés au même titre que les tombants à la verticale des îlets : c'est tout un patrimoine naturel de l'archipel qui en subit la conséquence. L'impact touche aussi la pêche. Les espèces dont il mange les jeunes, comme les vivaneaux ou les mérous, sont celles que ciblent les pêcheurs de l'archipel. L'invasion du poisson lion représente donc à la fois une menace pour le milieu marin et une question économique pour les communes du littoral.

Les prédateurs locaux ne suffisent-ils pas ?

Quelques mérous et murènes ont été vus en train de capturer un poisson lion, mais ces observations restent rares et ne pèsent rien face à la reproduction de l'espèce. Dans la Caraïbe, aucun prédateur naturel ne régule aujourd'hui ses effectifs. Faute de prédateur, la lutte repose sur l'humain.

Quels sont les dangers du poisson lion pour l'homme ?

Le danger ne vient pas d'une attaque : le poisson lion n'est pas agressif et ne poursuit jamais un plongeur. Le risque est la piqûre, presque toujours due à un geste maladroit, une main posée sur le fond sans regarder, un appui sur un rocher, une tentative de photo à quelques centimètres ou la manipulation d'un spécimen capturé. Les dix-huit épines venimeuses (treize dorsales, trois anales, deux pelviennes) injectent un venin qui provoque une douleur très vive, un gonflement et parfois des nausées ou un malaise.

Le venin est thermolabile, c'est-à-dire qu'il se dégrade à la chaleur. Le geste recommandé est de sortir de l'eau, de plonger la zone piquée dans une eau aussi chaude que supportable, autour de 45 °C, pendant 30 à 90 minutes, sans se brûler, puis de consulter un médecin, surtout en cas de réaction générale. Une piqûre de poisson lion est rarement grave chez l'adulte en bonne santé, mais elle suffit à gâcher un séjour, et la plongée avec une plaie ouverte est déconseillée.

Pour qui observe les îlets en palmes, masque et tuba, la règle est la même que pour le corail : on ne touche rien. Le guide du snorkeling dans la réserve Cousteau détaille les bons gestes de flottaison qui évitent tout appui sur le fond.

Comment pêcher le poisson lion en Guadeloupe ?

La pêche du poisson lion n'est pas un loisir libre. La chasse sous-marine au fusil est encadrée par arrêté préfectoral, et elle est interdite dans le cœur du Parc national, qui englobe les îlets Pigeon et leurs sites de plongée. Les prélèvements y sont réalisés dans un cadre défini par le parc, par des plongeurs formés et autorisés, avec un matériel adapté comme la foëne ou le filet à main, et des gants résistants aux épines.

Depuis les premières observations, des campagnes de régulation ont été mises en place avec les clubs de plongée, les pêcheurs professionnels et des groupes de recherche. Les structures fédérales proposent des sessions de sensibilisation, et certains clubs réservent des sorties à la capture encadrée. Si vous êtes titulaire d'un niveau de plongée et souhaitez participer, renseignez-vous directement auprès des clubs de Bouillante ou du Parc national : les règles évoluent, et seule l'information à jour fait foi.

Les pêcheurs professionnels le remontent aussi dans leurs nasses, depuis leurs bateaux, sur les fonds côtiers. Signaler une observation au Parc national ou à la direction de la mer reste utile : chaque signalement complète la carte de répartition de l'espèce autour de l'archipel.

Le poisson lion est-il comestible ?

Oui, et cette pratique est même une des stratégies de lutte les plus encouragées dans la Caraïbe. Seules les épines sont venimeuses ; une fois retirées avec précaution, la chair du poisson lion est blanche, ferme et réputée fine, proche de celle du vivaneau. Plusieurs restaurants de Guadeloupe et de Martinique l'ont inscrite à leur carte, en accras, en blaff ou grillée.

Une réserve s'impose pour la ciguatera, cette intoxication liée aux micro-algues du récif qui peut toucher les poissons prédateurs de certaines zones. Comme pour tout poisson de récif, mieux vaut acheter un poisson lion auprès d'un pêcheur ou d'un restaurant qui connaît la provenance de ses prises. Avant de consommer ce poisson, la sélection de restaurants à Bouillante aide à repérer les tables qui travaillent la pêche locale et les prises des bateaux du bourg.

Quelle est la stratégie de lutte contre le poisson lion ?

Personne ne prétend aujourd'hui éradiquer le poisson lion de la Caraïbe : l'objectif fixé par les gestionnaires est de contenir ses effectifs sur les sites les plus précieux. La stratégie repose sur quatre leviers.

  • Des prélèvements réguliers sur les zones prioritaires, dont les récifs du Parc national, où quelques sorties suffisent à faire baisser nettement la densité locale.
  • La valorisation commerciale, qui transforme un fléau écologique en ressource pour la pêche artisanale.
  • Le suivi scientifique, avec des comptages sur les sites de plongée et des études sur l'alimentation et la croissance des spécimens capturés.
  • La sensibilisation du public, des plongeurs aux enfants des écoles, pour que chaque observation soit signalée.

Pour un visiteur, la contribution la plus simple consiste à plonger avec un club qui participe à ce suivi et à rapporter ses observations. Côté plongée, l'article sur la plongée dans la réserve Cousteau présente les sites de Malendure et des îlets, où l'on croise encore régulièrement le poisson lion en fin de journée, au moment où il chasse.

À lire aussi

Vous aimerez aussi

▲