De janvier au mercredi des Cendres, le carnaval de Guadeloupe fait défiler groupes à peaux, parades costumées et milliers de danseurs. Tradition née de l'esclavage et patrimoine vivant de l'archipel, cette festivité culmine avec les jours gras, puis la mort de Vaval, roi du carnaval brûlé au soir du dernier défilé. En 2027, le mercredi des Cendres tombe le 10 février.
Carnaval guadeloupéen 2027 en quatre repères
- Ouverture le dimanche 3 janvier 2027, premier dimanche après l'Épiphanie, puis des parades chaque week-end.
- Final du 7 au 10 février 2027 : grande parade, mariages burlesques, diables rouges, puis noir et blanc pour la mort de Vaval.
- Les grandes parades se jouent à Basse-Terre et à Pointe-à-Pitre ; la mi-carême, en mars, rallume la fête pour une journée.
- Entrée libre partout : on regarde depuis le trottoir, on suit un groupe à pied, on ne réserve rien sinon son logement.
Quelles sont les dates du carnaval de Guadeloupe en 2027 ?
Le calendrier suit l'année liturgique. Le carnaval de Guadeloupe s'ouvre au début de janvier, le premier dimanche qui suit l'Épiphanie, et se termine le mercredi des Cendres, premier jour du carême. Sa durée change donc d'une année à l'autre, puisque la date de Pâques fixe celle des Cendres quarante-six jours plus tôt. En 2027, Pâques tombe le 28 mars : la saison carnavalesque ne dure que six semaines, contre près de neuf lors d'un Pâques tardif.
Entre l'ouverture et les jours gras, chaque week-end de janvier et de février amène son défilé dans une commune différente, souvent l'après-midi, parfois prolongé le soir par des déboulés plus spontanés. Les samedis accueillent des parades de quartier, des sorties de groupes en répétition et des soirées dansantes. Le rythme s'accélère à l'approche du final, et la dernière semaine concentre l'essentiel des festivités du carnaval.
| Jour | Date 2027 | Couleur ou thème | Ce qu'on y voit |
|---|---|---|---|
| Premier dimanche | 3 janvier | ouverture | première sortie des groupes, parade d'ouverture |
| Week-ends de janvier et février | 10, 17, 24, 31 janvier ; 7 février | thème choisi par chaque commune | défilés dominicaux, élection de la reine du carnaval |
| Dimanche gras | 7 février | costumes de l'année | grande parade, la plus suivie de la saison |
| Lundi gras | 8 février | travestissement | mariages burlesques, hommes en mariée, femmes en marié |
| Mardi gras | 9 février | rouge | diables rouges, cornes et fourches, défilé jusqu'à la nuit |
| Mercredi des Cendres | 10 février | noir et blanc | deuil joyeux, mort de Vaval brûlé le soir |
| Mi-carême | jeudi 4 mars | rouge et noir | dernier défilé, une seule journée |
Les dates des dimanches sont celles du calendrier ; le programme précis, avec la commune hôte de chaque défilé et ses horaires, se publie en fin d'année précédente par les comités et les mairies. Avant de réserver un vol vers la Guadeloupe, il vaut mieux viser la dernière semaine, qui garantit le plus d'événements en peu de temps, et compléter le programme avec notre guide touristique de Bouillante pour les matinées libres.
Le final en quatre temps, de la parade au bûcher
Les jours gras sont le point culminant de la saison. Du dimanche au mercredi, les parades se succèdent sans pause, chacun avec son code de couleur et son esprit. C'est le moment où l'archipel vit le plus au rythme du carnaval : les administrations tournent au ralenti, beaucoup de commerces ferment l'après-midi, et la circulation se complique dans les villes qui accueillent les parades.
Dimanche gras et la grande parade
Le dimanche gras réunit la grande parade, l'événement le plus attendu du carnaval de Guadeloupe. Les groupes y présentent leur costume de l'année, préparé de longue date, et le public se masse sur plusieurs rangs le long du parcours. Les spectateurs arrivent tôt pour garder sa place à l'ombre ; le passage complet des groupes peut durer tout l'après-midi et se prolonger après la tombée de la nuit.
Lundi gras et les mariages burlesques
Le lundi gras est le jour des mariages burlesques. Les hommes défilent en robe de mariée, voile et talons compris, les femmes en costume de marié, et des cortèges entiers jouent des noces parodiques. Cette inversion des rôles, héritée des fêtes européennes, a pris aux Antilles une couleur satirique : on se moque des conventions, des notables, parfois de l'actualité locale de l'année.
Mardi gras, la journée des diables rouges
Le mardi gras appartient au rouge. Diables à cornes, fourches et capes envahissent les rues, au milieu d'une musique plus rapide et d'une ambiance plus électrique que les jours précédents. La parade dure jusque tard, et c'est souvent là que les visiteurs découvrent le carnaval dans sa forme la plus intense.
Mercredi des Cendres, noir et blanc pour la mort de Vaval
Le mercredi des Cendres, tout le monde s'habille en noir et blanc. On porte le deuil de Vaval, le roi du carnaval, une grande effigie promenée dans les rues avant d'être brûlée le soir, à Basse-Terre comme à Pointe-à-Pitre. Les pleureuses en noir accompagnent le cortège, le public chante sa peine en riant, et le bûcher marque la fin des festivités : le carême commence le lendemain. Vaval, roi du carnaval, change de visage chaque année ; son effigie caricature souvent un personnage ou un travers de l'actualité.
Quels groupes et quelles musiques entendre dans la rue ?
Le carnaval guadeloupéen ne se résume pas à des chars. Ce sont les groupes à pied qui font vivre la tradition, et chacun se reconnaît à son rythme. On en distingue plusieurs familles, que l'oreille apprend vite à séparer.
- Les groupes à peaux
- Ils défilent au son des tambours à peau de cabri, sans instrument électrique. Leurs costumes s'inspirent des mas traditionnels et leur démarche est lourde, presque martiale. Akiyo, fondé à Pointe-à-Pitre à la fin des années 1970, et Voukoum, né à Basse-Terre à la fin des années 1980, en sont les plus connus. Le message est souvent culturel et politique : mémoire de l'esclavage, identité guadeloupéenne, refus de l'oubli.
- Les groupes à caisses claires
- Ils associent caisses claires, grosses caisses et cuivres, avec des chorégraphies réglées et des costumes plus brillants. Ce sont eux qui dominent les parades du dimanche, avec des centaines de membres parfois.
- Les groupes à synthé
- Montés sur un camion sonorisé, avec guitare basse, clavier et chanteur, ils jouent une musique de carnaval plus proche du zouk et des bals. La foule les suit en dansant derrière le véhicule.
- Les gwo siwo
- Peau enduite de sirop de canne et de suie, les membres de ces mas noircissent tout ce qu'ils touchent. Le gwo siwo rappelle les esclaves qui se couvraient le corps pour se moquer des maîtres et se rendre méconnaissables.
Le tambour reste l'instrument central. Sa frappe, mêlée aux conques de lambi et aux fouets des mas a fwèt, donne au carnaval de Guadeloupe une musique qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans la Caraïbe, pas même au carnaval antillais de Martinique, plus tourné vers les fanfares et le vidé.
Histoire du carnaval en Guadeloupe, de la colonisation à aujourd'hui
L'histoire du carnaval en Guadeloupe commence avec la colonisation. Les colons français apportent au XVIIe siècle leurs traditions de fin d'hiver, bals masqués et cortèges du mardi gras, réservés d'abord aux maisons de maîtres. Les esclaves, tenus à l'écart, en reprennent les codes dans leurs propres réjouissances, quand ils en ont le droit, et y glissent ce qu'ils ne peuvent pas dire ailleurs : la moquerie des maîtres, les souvenirs d'Afrique, les rythmes de tambour interdits le reste de l'année.
Après l'abolition de l'esclavage en 1848, le carnaval quitte les salons pour l'espace public. Les anciens esclaves et leurs descendants en font une manifestation populaire, où le masque permet de dénoncer sans être reconnu. Les mas traditionnels datent de cette période : mas a kongo, peau noircie et jupe de feuilles ; mas a lanmò, la mort en drap blanc ; mas a fwèt, qui claque son fouet pour ouvrir la route ; mas a goudwon, couvert de goudron.
Le XXe siècle voit naître les comités, les concours de chants et l'élection de la reine du carnaval, puis, à partir des années 1970 et 1980, le renouveau des groupes à peaux, qui remettent au premier plan la mémoire de l'esclavage et la langue créole. Le carnaval actuel garde cette double nature : un patrimoine de la Guadeloupe qui rassemble toutes les générations, et un espace de parole où chaque groupe affiche ce qu'il pense de son époque.
Les costumes, une symbolique à lire dans chaque couleur
Chaque costume porte un sens. Le masque cache l'identité et autorise la satire ; la couleur dit le jour et le rôle. Le rouge du mardi gras évoque le diable et la transgression, le noir et blanc du mercredi des Cendres le deuil de Vaval, le rouge et noir de la mi-carême le dernier sursaut avant le recueillement. Les groupes à caisses claires choisissent chaque année un thème, dévoilé seulement le jour de leur première sortie, et confectionnent leurs tenues dès l'automne dans des ateliers de quartier.
Les mas traditionnels, eux, ne changent pas : leurs matières (feuilles de bananier, toile de sac, cornes, sirop, suie) rappellent les moyens des premiers carnavaliers, qui fabriquaient tout avec ce qu'ils avaient. Un costume extravagant de paillettes et de plumes côtoie ainsi, dans le même défilé, une tenue faite de fibres et de boue. Cette explosion de couleurs et de matières est ce qui frappe le plus le visiteur, avant même la musique.
Où voir les défilés sur les îles de Guadeloupe ?
Les deux pôles sont Basse-Terre, la préfecture, et Pointe-à-Pitre, la grande ville de Grande-Terre. Basse-Terre accueille traditionnellement les grandes parades du dimanche gras et un Vaval très suivi ; Pointe-à-Pitre concentre les défilés du mardi gras et le bûcher du mercredi des Cendres sur le front de mer. Le Moule, Sainte-Anne, Saint-François, Capesterre-Belle-Eau ou Sainte-Rose reçoivent à tour de rôle les parades de janvier.
Les îles de Guadeloupe ont aussi leurs fêtes : Marie-Galante défile avec ses groupes et ses chars à bœufs, Terre-de-Haut aux Saintes organise un carnaval plus intime, où chaque quartier s'anime sans la cohue des villes. La créativité des costumes, l'énergie des percussions et l'atmosphère festive font du carnaval de Guadeloupe une expérience à part, que les familles transmettent aux enfants dès le plus jeune âge, comme un patrimoine de l'archipel. Sur la côte sous le vent, Bouillante, Pointe-Noire et Deshaies sortent leurs groupes locaux pour quelques après-midi : l'ambiance y est familiale, avec des groupes à po qui parcourent le bourg au son du gwo ka et des cuivres.
Depuis Bouillante, rejoindre Basse-Terre prend moins d'une heure par la route côtière, Pointe-à-Pitre près d'une heure et demie par la route de la Traversée à travers le parc national, davantage pendant la parade principale. Le stationnement devient difficile près des parcours : mieux vaut arriver deux heures avant le passage des groupes.
Comment participer au carnaval de Guadeloupe ?
Regarder depuis le trottoir ne demande rien : l'entrée est libre dans toutes les communes, il n'y a ni billet ni tribune obligatoire. Pour aller plus loin, trois façons de participer existent.
- Suivre un groupe à pied. Les groupes à synthé et certains groupes à caisses claires acceptent qu'on danse derrière eux, en fin de cortège, sans costume. C'est la manière la plus simple de vivre l'ambiance de l'intérieur.
- Rejoindre un groupe de carnaval. Défiler en costume suppose de s'inscrire auprès d'un groupe plusieurs mois avant la saison, de participer aux répétitions et souvent aux ateliers de fabrication. C'est réservé à ceux qui séjournent longtemps ou reviennent chaque année.
- Assister aux répétitions. De novembre à janvier, les groupes répètent en soirée dans leur quartier ; ces sorties de rue sont l'occasion de découvrir la musique sans la foule des grands jours.
Quelques règles de bon sens évitent les déconvenues. Ne pas couper un groupe pendant son passage ; ne pas photographier de près un mas à fouet ou un gwo siwo sans s'attendre à finir noirci ; garder ses affaires dans une poche fermée. Pendant les parades, la chaleur est forte en plein après-midi : eau, chapeau et vêtements légers sont indispensables, et des chaussures fermées protègent des pieds écrasés dans la foule.
Organiser son séjour pendant la saison carnavalesque
La semaine du final est l'une des plus demandées en Guadeloupe, et les logements des deux grandes villes partent vite. Séjourner sur la côte sous le vent offre une alternative calme : on profite de la mer le matin et on rejoint les défilés l'après-midi, avant de revenir dormir loin du bruit. Notre sélection pour dormir à Bouillante selon son budget donne des repères pour réserver tôt.
Sans voiture, l'exercice est plus délicat : les bus réduisent leur service pendant le carnaval et les routes sont fermées autour des parcours. Avant de partir, il vaut la peine de lire nos conseils pour se déplacer depuis Bouillante en bus ou en taxi. Le retour de nuit, après la mort de Vaval, se prévoit à l'avance : taxi réservé ou covoiturage avec des habitants.
Enfin, le carnaval n'occupe que les après-midi et les soirées. Le reste du temps, la côte sous le vent garde ses attraits : plongée dans la réserve Cousteau, bains dans les sources chaudes, randonnées en forêt. Un long week-end bien placé suffit pour vivre le final, mais une semaine permet d'y ajouter une ou deux parades en ville.
Vaval, mas et déboulés : réponses avant de rejoindre la foule
Qui est Vaval, le roi du carnaval ?
Vaval est une grande effigie qui incarne le carnaval lui-même. Promené pendant les derniers jours, il est jugé, pleuré puis brûlé le soir du mercredi des Cendres, ce qui marque la fin de la fête et l'entrée dans le carême.
Le carnaval de Guadeloupe est-il gratuit ?
Oui pour le public : les défilés se regardent depuis la rue, sans billet. Seuls quelques concours, bals et soirées organisés en salle demandent une entrée, fixée par chaque organisateur.
Qu'est-ce qu'un déboulé ?
Un déboulé est un défilé spontané, souvent nocturne, où un groupe sort dans la rue sans parcours officiel et entraîne la foule derrière ses tambours. On en croise surtout les samedis soir et pendant les jours gras.
Quel jour choisir si l'on ne peut voir qu'un défilé ?
Le dimanche gras, pour la grande parade et la variété des groupes, ou le mercredi des Cendres, pour la mort de Vaval et l'ambiance unique du noir et blanc. Le mardi gras offre la fête la plus intense, mais aussi la foule la plus dense.
















